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MikeH  MikeH is offline
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MikeH 

OK, here is the last part of the Third Cahier Supplement, in what I think is an accurate transcription. Given the length of this part, I put my translation, as best as I can do, in the next post.
Quote:
Pages 36, 37, 38, 39. & 40. Depuis trente ans. J'ai beau dire à la Société, en ma qualité de premier & du plus grand Cartonomancien de toute l'Europe, & ceci n'est pas une vaine gloire, parce qu'il n’y a pas de Fermiers [119] Généraux qui voulussent changer d'état avec moi, ni même un petit Commis; j’ai beau dire, dis-je, qu'il y a moins de Professeurs en Divination qu'en toute autre Science, cela n'empêche pas plusieurs hommes & femmes de courir chez des ignorans qui disent deviner, ce qui arrivera (1), & pis mille fois d'aller chez des trompeurs qui osent berner l'espérance de ces personnes trop crédules, en leur assurant que par le ministere de M. Belzébut ils les rendront possesseurs d'autant, d'or qu'ils pourront en desirer; & comme il faut
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(1)J'ai connu des Faiseurs de Tours de Gibecière qui mettant à profit la simplicit de plusieurs personnes, s'avouoient Devins. Un Devin est un Philosophe, ou s'il n'est pas Philosophe, il n'est point Devin, parce qu'il n'y a pas de Divination naturelle sans Philosophie; il s'ensuit donc qu'un vrai Devin, en tant qu'il est Philosophe, est dans le rang des premiers hommes; comme un Joueur de Gobelets en tant que Charlatan, est réputé dans la derniere Classe. Ceci soit dit pour empêcher de confondre le zénith & le nadir, de ce qui peut occuper & récréer les hommes.

[120] faire illusion à l'esprit des sots, ces voleurs (c'est-là la vraie épithete) ne manquent pas de se dire Professeurs des grands moyens propres à faire agir les Esprits infernaux; enfin, à l'appui de quelques ramassis de conjurations, partie dans le style des exorcismes de la primitive Eglise, auxquels ils joignent de grands cercles, des cierges allumés, &c. &c. ils tirent tout bonnement l'argent de la poche de ces âmes cupides & des ignorans. Je parle savamment de tout cela; car il est de vérité que plusieurs personnes viennent me consulter pour savoir quel jour le Diable accordera à leur Opérateur la tonne d'or qui ne tient plus qu'à un rien. Les Sciences abstraites, dont je prends la défense, n'ont ni la bêtise ni le mensonge de toutes ces chimères; en Divination, marcher dans le chemin du bonheur, être prévenu des toutes qui nous en éloignent, est le fond d'une sage Philosophie.

Dans le nombre de ces prétendus [121] Sorciers, j'en ai connu de si adroits, qu'une tête parfaitement organisée ne pourroit pas sans présomption se persuader qu'elle ne sera jamais prise dans leurs filets. Ces madrés fripons ne demandent rien, & dans quatre jours ils vont tout donner; cela est bien naturel, ou au moins paroît l'être; mais le piége est déjà tendu; & moi-même, après mille épreuves de ma foible crédulité dans les dix premières années de mes recherches, j'aurois encore été pris, si je n'avois eu à leur opposer qu'une incrédulité générale. Voici le langage de ces fripons: On ne vous demande rien, & dans quatre jours vous aurez quinze mille livres, soyez discret. Qui m'a donc sauve, je ne dis pas seulement de leurs embûches, mais de cette première crédulité qui est communément appellée doute? C’est en connoissant à fond le foible de l'ignorance; c*est en paroissant entrer dans la confiance qu'elle cherche à inspirer, & en saisant imperceptiblement [122] passer sur un pont d'éméraude factice qu'elle croit de pierre fine; c'est en présentant à ces escrocs une suite des meilleures bêtises, c'est-à-dire des plus fortes; c'est en leur mettant sous les yeux une collection complette de grimoires scellés, paraphés, & emportant la pièce à tous les Diables. Pardon, ces derniers mots sont de l'Art, aînsi que beaucoup d'autres avec lesquels on passe en une demi-heure pour plus Sorcier que tous les autres. L'honnête-homme doit connoître le bien & le mal, pour suivre juste le premier & se garder du second; mais en voulant reconnaître celui-ci, j'avouerai que je me suis vu au moins dix fois bien proche d'être compromis, tant a de force la forme sur le fond, celui-ci seul logeant la vérité! Revenons aux Tireurs & aux Tireuses de Cartes, dont le peu qu'on leur donne permet de les frayer; aussi n'est-ce pas là-dessus qu'il faut disserter; allons au fait.

C’est une vérité, que les ignorans [123] Tireurs de Cartes disent des choses passées, présentes ou à venir, qui sont à la lettre. Pour y répondre, je ne dirai pas aussi ineptement que bien d'autres, qu'ils disent tant dementeries, qu'il faùt bien qu'à la fin ils parlent vrai, puisqu'il suffit de considérer si la vérité qu'ils prononcent de fois à autre tient a la Divination par l'enchaînure des circonstances pronostiquées; ou si le pronostic tient purement à un oui ou à un non; tel ceci, le mariage aura lieu ou le mariage n'aura pas lieu; encore est-il quelquefois que ce simple oui ou ce non peut annoncer la solidité de la Divination, lorsque l'on prononce qu'il aura ou n'aura pas lieu, malgré les apparences les plus sensibles du contraire au pronostic; c'est donc sur ce pronostic, découlant de la Divination, qu'il faut disserter, parce que le pronostic fait par supercherie & le faux pronostic, sont à la Divination comme le mensonge est à la vérité.

Une vérité en Divination ne doit [124] rien tenir de toutes les balourdises qu'ont affectées les hommes contraires à la Science divinatoire. Si on souffle à l'oreille d'un prétendu Devin ce qu'il doit dire à un homme, alors la Divination y est sensée pour rien, mais simplement la supercherie voisine du mensonge.

Une vérité en Divination ne tient rien qui ne soit frappée au coin de la Divînâtion, & si on peut quelquefois lui ravir les pronostics, parce qu'ils sont simples, sans complication, on est forcé de lui donner ceux dont les circonstances sont liées de manière que la simple judiciaire y paroît neutre & parmi ceux-ci j'en rapporterai un seul.

Un homme de qualité vint chez moi accompagné d'une Dame; je m'en vais, dit-il, me renfermer jusqu'à demain; ce que Monsieur, dit-il en souriant, pourra vous certifier. Je le regardai, & je découvris dans sa physonomie qu'il parloit naturellement comme il pensoit, mais dans le sentiment de persuader sa [125] charmante épouse qui paroissoit douter de ce qu'il disoit; je l'engageai à couper les Cartes, ce qu'il fit & en tirant purement sèpt lames; je lui dis, Monsieur, si je ne me trompe, vous ne rentrerez que très-tard à votre Hôtel; vous dînerez avec plusieurs Dames chez l'une d'elles, & j'aurai l'honneur de vous revoir aujourd'hui, à moins que vous ne vouliez vous déclarer contre mon talent, qui est plus faible que votre libre arbitre; & dans ce cas-là, continuai-je, la Divination n'en sera pas moins une Science, & le Professeur trop peu habile pour voir comment se muera votre volonté.

Parole d'honneur, dit M. le Comte, je vais à la maison en droiture, parce que j'y ai absolument affaire. Au fait, il s'en fut, rencontra deux Dames qui le firent monter dans leur voiture, l'emmenèrent dîner, & ensuite il les amena chez moi, & travaillant pour eux trois, ils en sortirent à près de minuit.

Il en est de la Divination comme de [126] tout ce qui est d'une belle simplicité: ce que je viens d'écrire ne paroît pas merveilleux; mais il suffit de se dire que les circonstances découvrent le pronostic qui auroit paru plus considérable, s'il eût été question de mort subite en chemin, &c. &c. Reste à savoir présentement si des Tireurs & des Tireuses de Cartes ordinaires ont dit des choses qui tiennent comme cela à là Divination: informez-vous-en.

Qu'est-ce qui peut donc procurer à ces ignorans des pronostics aussi justes? Ce n'est pas ce saint enthousiasme propre aux Philosophes, dont ont parlé plusieurs grands Hommes; ce n'est pas le fond de la Cartonomancie; c'est purement les Principes élémentaires physiques des Cartes; c'est que, sans posséder cet Art à fond, ils s'attachent simplement aux significations, palpables qu'ont les Cartes; & comme les Principes physiques se sont offerts ce coup là dans leur vérité, ils l'ont articulé, & l'événement justifié les a autant surpris [127] que leur Consultant, parce que ni l'un ni l'autre ne possédant pas le fond de la Science, ils ne peuvent se rendre raison du pourquoi il est tel, que des Cartes qui paroissent n'avoir aucun rapport à la chaîne de la vie, en dévèloppent néanmoins des chaînons d'une manière toute admirable.

Nous ne supposons pas seulement, mais nous disons avec vérité que des Tireurs & des Tireuses de Cartes ne connoissant absolument que les Principes vulgaires, les significations que portent les Cartes, ont dit des choses étonnantes; mais s'ils ont rencontré la vérité physique qui le plaisoit à leur être utile, ainsi qu'à leur Consultant, reste à savoir si la même vérité physique a pû de même mettre à côté ce qui seroit plus essentiel que le pronostic.

Un Physicien voit bien la dureté d'un corps; il le juge tel, parce que ses parties sont plus resserrées, parce qu'elles sont infiniment liées, &c. mais il lui seroit autant agréable de pouvoir [128] se rendre raison de quelle manière la Nature a formé ce corps, & comment il se desunira, & ce qu'enfin en se désunissant la Nature se propose d'en faire; car que l'on réfléchisse que la terre d'un végétal n'a aucune des qualités de celle d'un animal, jusqu'à ce que la Nature les ait amenés l'un & l'autre au point du premier limon de la création.

En voulant trancher de l'esprit, comme ceux qui en piquant les tables tranchent les viandes avec une noble fierté, on pourroit dire sur les fautes apparences que tout fumier quelconque se transmue directement & sur le champ en laitue, en choux, & celui-ci en lapin, &c. Tout fumier quelconque échauffe, & par ce moyen lance dans la semence les racines, les tiges & les fruits, l'aigre & l'acide des sels cruds; mais le fumier, la paille, ne passent pas dans le minéral, le végétal, l’animal, avant d'être devenu premier limon, tel il a été au premier moment de la Création, ce qui ne peut être [129] que dans une coaction où la Nature ou bien l'Art lui donneront sept digestions. Ainsi le lapin de clapier a été choux; mais le choux a cessé d'être choux, & est devenu limon avant d'être lapin, & le gout qui est au lapin est accidentel; ainsi le bœuf ne devient point homme avant que Nature n'ai mené le bœuf au premier limon général & primitif (1) & certes si l'homme se nourrissoit de ce premier limon dont le passage, sans art pour le fixer, est imperceptible, il vivroit plusieurs mille ans. La proprieté d’un corps animal, végétal ou mineral, propre à maintenir plus ou moins de tems cette terre pure, fixe le terme à ces jours.

C’est donc en sachant fixer ce précieux limon primitif, que nos Philosophes ont atteint le but de détruire les maladies, & d'alléger leurs années jusqu'à ce qu'il plaise à la
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(1) En tout il est un intermédiaire; le limon est ici entre le bœuf & l'homme, &c. J'en peux dire la matière première.

[130] bonté Souveraine de les appeller a lui, pour les récompenser d'avoir étudié ses Œuvres: Que le limon de l'or est savourable, & non l'or; on ne fait pas d'or sans or.....

Il ne suffit pas d'aller chez un Tireur ou une Tireuse de Cartes vulgaires, parce que l'on a quelque certitude que les Principes Physiques lui seront prononcer quelques vérités qui sont possibles & essentiêlles à savoir; il faut se dire: mais si ces Principes leur témoignent que je suis menacé de perdre ma fortune, parce qu'ils découvriront, sùpposé par ces mêmes Principes, que je suis actuellement dans une chaîne imperceptible qui conduit à un effet si cruel, ce Tireur ou cette Tireuse de Cartes seront-ils assez instruits pour me dire dans la vérité le moyen de rompre la chaîne où je suis, pour, en embrassant une autre, éviter ce malheur? Si on soupçonne cela possible, alors il faut être persuadé que la vérité physique les favorisera. Mais n'est-il pas mieux de [131] croire que tout corps physique a en soi des traces de ses causes & de ses résultats, & qu'il est impossible à un ignorant de les reconnoître, parce qu'il n'a pas appris à faire l'analyse d'aucun corps relativement à sa substance, mais seulement eu égard à ce qui regarde sa matière? Le méchanisme supérîeur d'un être ayant vie animale, végétale ou minérale, n'est pas le même que celui d'une machine que l'Artiste a fabriquée de plusieurs pièces.

Si j'avois la curiosité de savoir ce qui m'arriveroit, ce seroit purement dans le sentiment assez raisonnable de connoître la chaîne de ma vie, afin de suivre les anneaux des événemens heureux, & de rompre, ou au moins de détacher les anneaux des evénemens malheureux, n'y ayant pour chaque homme qu'une seule chaîne; ce qui est encore souvent bien assez.

Si je ne connoissois point d'hommes assez sàvans pour sàtisfaire ma curiosité, je ne me résoudrois pas à aller chez un [132] ignorant Tireur de Cartes, mais chez un Particulier quelconque que je saurois un parfait honnête-homme, très discret & très-profond dans les Sciences politiques % civiles, & qui, bien entendu, posséderoit la Cartonomancie, suivant purement ses Principes physiques; Principes qu'il auroit appris en quelque leçon pour son seul amusement, ou afin de parler de cet Art avec plus de vérité que ceux qui n'en ont aucune idée.

Pourquoi préférerois-je un Particulier savant à un ignorant Tireur de Cartes? C'est que supposant qu'il s'offre un pronostic ayant parfaitement ces trois dimensions physiques, le coup suivi, la preuve dans le relevé de deux Cartes à deux Cartes, & nul contradiction eu égard au coup, au relevé & au Consultant, alors je pourrais attendre de ce Particulier profond, de sages avis, établis sur son âge, son expérience, sa judiciaire, qui me serviroient presque autant que le talent d'un vrai Çarto-[133]nomancien, a moins que l'excellente judiciaire de ce Savant soit en défaut, ne voyant pas que celui de l'un des anneaux de ma vie qui doit passer le premier, ou supposé le vingtième, sera brisé par le frottement plus puissant de la chaîne d'un autre.

On convient qu'un homme en venant au monde apporte sa chaîne; mais qu'alors foible, elle est soumise à la chaîne de sa nourrice, de sa bonne, jusqu'au moment, où il articule, où il marche, & enfin où il se rend maître de lui par des caprices, par des obstinations & par ses passions; en un mot, on convient sous tel indice que l'on voudra & donner à la vie de l'homme, que celle-ci a un tissu qui, comme la comparaison du vermisseau, se rompt, se renoue, s'allonge & se raccourcit; mais on ne veut pas que ce soit la Cartonomancie qui nous développe ce superbe & mystérieux tissu, parce que l'on craindroit d'être redevable à un [134] Tireur de Cartes d'une copie si intéressante.

Pour répudier ce tableau, ou mieux, cette copie du mouvement perpétuel, particulier & général de tous les événements qui arrivent aux hommes, il faudroit en proposer un autre qui au moins l'égalât; mais comme l'esprit ne peut pas en trouver une plus sensible que la Cartonomancie, qui nous vient des premiers Egyptiens, il y a donc de l'ignorance de se figurer que l'Art de tirer les Cartes n'est propre qu'à des femmelettes, des petits génies, ou à des bonnes vieilles qui en gagnent de l'argent.

Le fond de toute critique ne porte pas toujours à faux, parce qu'où il y a preuve de déraison sensible, comme ici, deux fois trois sont sept, se démontre absurde; mais la critique, ou mieux la vile satyre, n'a pas toujours pour guide des axiomes numériques, mathématiques; il lui suffit souvent d'être prévenu, ou de voir non-seulement du [135] côté foible, mais de celui de la non-existence (comme ces chardons qui furent pris pour des hommes, & tous les jours comme on prend les plus grands hommes pour des chardons), pour la faire mal prononcer en dernier ressort de ce qui la surpasse, enfin de ce que le Critique, souvent mercenaire, n'a aucune idée, encore que les Savans, comme les ignorans, s'en rapportent à lui, les premiers par leur non-chalance, & les seconds parce qu'ils ne peuvent juger par eux-mêmes. Combien d'Ecrivains ont eu à se repentir d'avoir été trop précipités dans leur jugement, lorsque de plus savans qu'eux ont appelle de leur dire devant toutes les Nations, présentes & à venir? On se frappe alors la poitrine, mais il n'est plus tems; passe encore si on s'étoit déchiré seu| par des contre-sens, des distractions, des fautes même grossieres; mais on a voulu mettre la Société à dos-contre un homme souvent qui voyoit le pré-[136]sent, sommoit le passe & feuilletoit l'avenir.

Si j'avois découvert que la Cartonomancie n'étoit absolument qu'une frivolité, qu'une charlatanerie, & même qu'une souplesse de la main, ayant sans amour-propre autant d'Art, & pour le dire net, de petites finesses qu'un autre, je l'aurois délaissée pour jouer du Savant; ainsi avec quelque leçon du fatiguant & froid Art grammatical, pillant, volant, relisant les Anciens & lés Modernes, j'aurois, je le crois, promené ma mince existence physique dans les rues & dans les cercles, couvert d'un titre fastidieux, M. l'Académicien, de Nanterre (1), de Villeneuve-les-Avignonnois, & peut-être des Arcades du Pont-neuf.

Si on doit préférer un Savant, un-homme discret & vertueux, qui sçait seulement les significations qu'ont les
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(1) Pauvre Village où existe-la plus riche & la plus renommés. Sainte de la Capitale.

[137] Cartes, à des ignorans qui sont métier de les tîrer, on doit bien se défier dans son choix d'avoir en vue un indiscret, tel Savant, ou mieux telle apparence dé Sciences qu'il paroisse avoir; & dans l'incertitude de bien rencontrer, je crois qu'il est mieux de préférer des Tireurs de Cartes ordinaires, si toutefois ils ne sont pas indiscrets d'une manière plus perfide. Au fait, voilà ce que j'ai écrit plusieurs fois depuis douze à quinze ans. Envoyez chez votre Tireur de Cartes, pour qu'il devine ce qui vous arrivera; mais prenez-vous-y d'une manière si adroite, qu'il lui soie impossibie de savoir qui vous êtes, ni. où vous existez; & si jouant l'homme ou la femme instruite, il vous demande, comme nos Philosophes, les quatre colonnes sur lesquelles vous êtes appuyé au moment de votre curiosité, envoyez-les-lui, puisque tout au plus sur dix mille personnes, cela ne peut donner à connoître qu'un seul questionnant.

Si on étoit pénétré comme moi de [138] la Cartonomancie, & en général de la Divination, je ne dis pas pour deviner à mon gré tout ce qui se présente, mais pénétre des vrais Principes, de cette sublime Science, on sentitoit qu'il est plus facile de pronostiquer juste par la Science, que par ce qu'on nomme contingent, c'est-à-dire juger d'un effet libre à venir, sur l'aspect d'une chose présente, comme le Médecin qui juge de la mort ou du rétablissement de la santé de son malade par la nature des crises; crises qui ne sont toujours offertes que parce qu'on ne fait pas empêcher les crispations; enfin, dis-je, on verrait qu'il est plus facile de pronostiquer juste pour un inconnu, que même pour sa propre femme avec qui l'on vit. C’est ainsi que je me figurais sans la Divination, avant d'être Epouseur, que la femme que je connoissois, & avois en vue, étoit mon fait; enfin, que la Divination n'eût pu me persuader que je lui semblerois, après plusieurs années, tout autre qu'elle me l'avouoit. Ma [139] femme ignorait que parfaitement femme, même bonne, qu'elle cesseroit de l’être comme épouse. Le quatrieme Cahier nous démontrera comme la Science Divinatoire serute plus loin que nos jugemens.

A mesure que nous avançons, nous trouvons toujours de justes sujets a parler, s'il est dangereux de se servit d’un indiscret pour nous tirer les Cartes, parce que ce qui peut se passer dans notre ame à l'aspect d'une vérité, peut se peindre sur notre physionomie, & enfin nous arracher un aveu indiscret, il est d'un autre côté dangereux a un homme discret, comme à celui qui est indiscret, de savoir le secret des autres; le premier par délicatesse, & le second parce qu'il peut en être puni directement ou d'une manière si oblique, qu'il ne puisse jamais découvrir la première, ou au moins ici la seconde cause qui le portera à tomber dans un des mille & un revers journaliers qui peuvent culbuter un mauvais sujet; enfin il nous reste à dire, comme je l'ai écrit dans la pre-[140]miere Edition du Etteilla ou Art de tirer les Cartes, 1770, qu'il faut tâcher d’être soi-même son Devin; & dans le cas où on n'auroit point la force de ne pas se flatter, qu'il faut chercher un Savant Professeur dont la multiplicité des secrets le rende insensible sur ceux qui nous sont particuliers, & cela devant être nécessairement, parce que ceux que la Science lui a pu découvrir ne lui doivent point paroître tels, puisqu'ils ne lui ont été ni avoués ni confiés.

Pages 40, 41, jusqu'à 53. C'est d’après avoir lu ce long Discours où Auteur joue du Moraliste, que l'on peut lui dire: Voilà bien de la Philosophie morale pour un Diseur de bonnes-aventures! S'il est vrai que des hommes, ne rencontrant pas de leur semblable pour prêcher la vertu, l'annonçoient à des animaux irraisonnables, qu'importe l'état de l'homme lorsqu'il s'adresse à ses semblables? Et pour répondre à la satyre amere, que je serois heureux, lui dirois-je, si beaucoup de [141] gens, faute d'avoir toujours sous leurs yeux les Principes d'une vraie Philosophie, ne m'avoient pas contraint de leur pronostiquer de mauvaises aventures! Le Ciel en garantisse mes Lecteurs par leur sagesse & leur science!
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(*) M. si l'Epitre que j'ai adressée publiquement à seu M. COURT DE GEBELIN, ne m'a point attiré sa disgrace, ni celle d'aucuns de ceux qui le connoissoient par ses oeuvres & même directement, c'est, je me le suis persuadé, parce que je me suis présenté avec ce mélange de hardiesls & de soumission, que les Ouvrages de nos Philosophes & de cet illustre Antiquaire, m'avoient inspiré, & encore parce qu'en citant ces mots page 20 de mon Épitre, le Savant, le Sage & l'Aimé Gebelin, je n'étois directement que le porte-voix de toute l'Europe.

Vous m'invitez, M. à concourir au [142] Prix qui doit pour jamais récompenser ceux qui travailleront à l'Eloge de seu le Maître de l’Antique ; ne soyez pas inquiéte de ce foible tribut que lui doit l’Univers Lettré; des hommes, oui des hommes de pleusieurs Nations s’en seront un devoir; il n'avoit plus de réfutateurs.

Paris, le 9 Mai 1784.

Fin de Supplément au troisiéme Cahier.
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N.B. Les Personnes qui ont le troisieme Cahier, voudront bien envoyer chercher ce Supplément, qui leur appartient, ainsi que le Fragment qui suivra.
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